Lettre ouverte aux 36(1) chefs d'État des Amériques



À tous les chefs d'État des pays des Amériques, présents ou non au Sommet de Québec, nous adressons ce qui suit :

Nous sommes citoyens et citoyennes des pays des Amériques: hommes, femmes, enfants, travailleurs et travailleuses, sans emploi, jeunes et retraité-e-s;

Nous sommes du Sud, qui sommes montés vers le nord pour y trouver un meilleur sort; nous sommes du Nord, qui les avons accueillis parce qu'ils ne demandaient pour eux et leurs enfants qu'à vivre décemment;

Nous vivons ensemble dans ce pays, côtes à côtes; nous partageons ensemble depuis des années la même réalité fondamentale, la même conception de la vie, le même senti, la même humanité;

Nous voulons dire que nous avons souffert, et nous souffrons toujours à des degrés divers, de vos politiques économiques et sociales des 30 dernières années, de toutes ces politiques qui ont permis à une minorité de s'accaparer encore plus de la richesse que nous avons produite et produisons toujours, sans jamais y avoir droit équitablement; nous y avons survécu tant bien que mal, mais beaucoup des nôtres y sont restés, des hommes, des femmes, mais aussi, trop souvent, des enfants;

En ces jours où vous vous rassemblez dans plusieurs villes de nos pays pour discuter de libre-échange et de mondialisation des marchés, à huis clos, sous la protection de milliers d'uniformes ou derrière de ces nouveaux murs de la honte, loin de vos concitoyens et concitoyennes, nous voulons par la présente faire entendre notre voix, pour que vous sachiez que:

¨ nous affirmons haut et fort que tous les êtres humains, citoyens et citoyennes des Amériques et de la planète, quelle que soit la couleur de leur peau, leur sexe ou leur milieu de vie ont les mêmes droits fondamentaux;

¨ nous dénonçons cette époque où nos sociétés possèdent les moyens d'éliminer la misère et la pauvreté, mais où des couches importantes de la population de nos pays ne mangent pas à leur faim, ne peuvent se loger décemment, n'?ont pas accès à l'eau courante, à des services sanitaires minimaux, à un revenu décent, à des conditions de vie décentes; ici même, au Québec, le gouvernement qui en a les moyens refuse de garantir aux personnes sans autre revenu la couverture de leurs besoins essentiels en nourriture, logement, vêtement et santé (un barème plancher(2) à l'aide sociale);

¨ nous aussi nous croyons à la mondialisation et à l'unité, celle de la grande famille humaine; mais nous savons qu'une société centrée sur le pouvoir plutôt que la qualité de la vie et l'accomplissement de soi conduit à des résultats inhumains et profondément gênants pour l'humanité toute entière; le pouvoir de faire reculer la mort est beaucoup plus grand et noble que celui d'enlever la vie, la vraie puissance se mesurant dans la capacité à contrer la fatalité, non à l'accentuer.

Et si comme vous le dites si bien, vos traités ne visent que l'avancement du mieux-être de toutes nos collectivités, alors, nous vous mettons au défi de dire publiquement ce que vous vous engagez à faire dans les 5 prochaines années pour régler le plus grave problème de droits et libertés de tous nos pays, la pauvreté, et comment vous allez défendre et promouvoir le premier engagement préalable à tous les autres, celui en faveur de la vie et des droits fondamentaux qui lui sont nécessaires.

En ce moment, nous sommes XXX citoyens et citoyennes rassemblé-e-s pour discuter dans un centre communautaire du Sud-Ouest de Montréal, mais le 21, nous serons dans la rue, à l'image de millions d'autres que vous y avez rejetés depuis des années. Nous y attendrons votre réponse. 

Pour nous la donner, vous n'aurez qu'à sortir!

Pauvreté Zéro! ¡Cero Pobreza! Zero Pobreza! Zero Poverty! 

(1) Les 34 chefs invités, plus Fidel Castro de Cuba et Bernard Landry du Québec.

(2) Pour plus d'information : http://www.baremeplancher.net/accueil.htm

12 avril 2001.


Centre des médias alternatifs Québec 2001