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LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE LA SOLIDARITÉ SOCIALE MONSIEUR ANDRÉ BOISCLAIR

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 UN BARÈME PLANCHER À L’AIDE SOCIALE :

 UN MESSAGE D’ESPOIR ET UNE CONDITION ESSENTIELLE À L’INTÉGRATION EN EMPLOI 

Monsieur le Ministre, 

Voilà maintenant près de deux ans que vous occupez la fonction de ministre de la Solidarité sociale. Depuis votre entrée en fonction, que ce soit sur la place publique ou en privé, nous avons constaté  beaucoup d’intérêt de votre part relativement aux difficultés d’intégration en emploi vécues par certaines catégories de ménages à l’aide sociale. Au cours des derniers mois, cet intérêt s’est concrétisé par l’annonce de deux mesures (dont le mérite reste toutefois à être démontré) visant à favoriser l’intégration en emploi des personnes assistées sociales: soit le programme « Destination Emploi » et le programme « Solidarité jeunesse ». Si nous vous interpellons aujourd’hui, c’est qu’il nous semble que vous mettez beaucoup d’énergie sur ces questions qui, normalement, devraient relever de votre collègue la ministre du Travail et de l’Emploi, madame Diane Lemieux, et que vous semblez oublier que la pauvreté est en soi un premier obstacle à l’intégration en emploi des personnes assistées sociales comme l’a déjà démontré une recherche menée par Christopher McAll et Deena White, deux sociologues de l’Université Montréal [1]

En effet, comment un citoyen ou une citoyenne peut-il ou peut-elle faire des projets de carrières professionnelles, faire des démarches d’orientation professionnelle ou se payer un téléphone ou une carte mensuelle d’autobus pour faire des démarches de recherche d’emploi quand sa propre survie n’est pas assurée par le dernier filet de sécurité sociale qu’est l’aide sociale.  Au mois de mars 2000, au Québec, 393,390 citoyens et citoyennes ont eu recours à l’aide sociale. La prestation moyenne versée pour ce mois à chacun de ces ménages étaient de 583 $. Parmi ces ménages, 169, 872 (4 ménages sur 10) avaient droit à une maigre prestation moyenne de 476 $ pour ce mois. Comme les prestations d’aide sociale n’assurent pas la couverture des besoins essentiels de ces citoyens et citoyennes, ceux-ci et celles-ci sont condamné-e-s à la pauvreté et à la lutte pour leur survie et celle de leur famille. Toutes les énergies disponibles sont donc consacrées à lutter pour manger, se loger, payer ses médicaments, etc. Et cette lutte use physiquement et psychologiquement jusqu’à entraîner pour certain-e-s la mort et le suicide. 

Monsieur le Ministre, la pauvreté est elle même un obstacle à l’intégration en emploi des personnes assistées sociales. Et cette pauvreté, vous le savez déjà, n’a pas toujours été aussi dramatique au Québec pour les personnes assistées sociales. Elle est plutôt le résultat de trois facteurs : la perte d’un plancher de revenu avec la réforme d’aide sociale libérale de 1989 qui a eu comme conséquence d’introduire une série de coupures, ponctions et pénalités substantielles sur la prestation de base; la non indexation des prestations d’aide sociale des ménages aptes au travail au cours de la période 1993-1999; et les compressions au régime d’aide sociale pendant la période de lutte au déficit (1997-1999). Selon nos calculs, le revenu disponible réel des citoyens et des citoyennes ayant recours à l’aide sociale a diminué de 19 % depuis 1993. 

Monsieur le Ministre, il est maintenant temps de porter votre chapeau de ministre de la Solidarité sociale et de défendre ouvertement une amélioration du revenu disponible des citoyens et des citoyennes ayant recours à l’aide sociale. Après les travailleurs et travailleuses du secteur public,  les contribuables, les médecins, les députés et les policiers, il est plus que temps que les personnes les plus pauvres de notre société profitent de la richesse retrouvée. C’est une question de justice, d’espoir et de solidarité sociale. 

Tel que nous vous le demandons depuis près de deux ans, tel que vous le demande également la Marche mondiale des femmes au Québec, il est temps d’introduire dans la loi d’aide sociale le principe d’un « Barème plancher » qui garantirait que la prestation d’aide sociale versée ne puisse être amputée sous aucun prétexte. Nous vous demandons également de ramener les prestations d’aide sociale au même niveau de revenu disponible que celui de 1993. 

Le 17 octobre prochain, journée mondiale pour le refus de la misère, nous espérons que les femmes et les hommes appauvries du Québec recevront enfin un message d’espoir du gouvernement du Québec leur permettant de faire respecter leur dignité et de se sentir des citoyens et des citoyennes à part entière. 

Jean-Yves Desgagnés,coordonnateur au Front commun des personnes assistées sociales du Québec 

Vivian Barbeau,Vice-Présidente Fédération des femmes du Québec

[1] McAll, Christopher et al., Les barrières à la réinsertion sociale et professionnelle des personnes assistées sociales et la réforme de la sécurité du revenu, Département de sociologie, Université de Montréal, 07 décembre 1995, 20 p.

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