Lettre de Louise Harel

Réponse de l'OSE-RM

Réponse du FCPASQ

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Louise Harel et le Barème Plancher

Voici la reproduction d'une communication que Madame Louise Harel, ancienne Ministre de la Sécurité du Revenu, a fait parvenir à touTEs les candidatEs du Parti Québécois pendant la campagne électorale 1998 (datée du 9 novembre), suivie de la réponse de l'Organisation des sans emploi -Région de Montréal (OSE-RM) et de celle du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ).


 PROBLÉMATIQUE

 Le Front commun des personnes assistées sociales du Québec a écrit récemment aux candidats et candidates des différents partis politiques afin qu'ils prennent position d'ici le 23 novembre 1998 sur l'instauration d'un barème plancher à la sécurité du revenu.

 Un barème plancher est un montant minimum en dessous duquel la prestation de sécurité du revenu ne pourrait être réduite quels que soient la situation ou les comportements d'un prestataire.

 Un citoyen qui a des droits a aussi des obligations, lesquelles ont toujours existé dans le régime de sécurité du revenu.  En regard de ses obligations, il est prévu, par exemple, qu'un prestataire qui abandonne un emploi sans motif valable ou qui refuse d'entreprendre une démarche en vue de se trouver un emploi, ou encore celui qui cumule des dettes envers le Ministère en raison de fausses déclarations assume comme tout autre citoyen, certaines conséquences de ses décisions et peut voir réduire sa prestation selon les paramètres prévus dans la loi ou le règlement.

Les prestataires de la sécurité du revenu peuvent ainsi subir une réduction de leur chèque pour diverses raisons:

 § une réduction maximale de 150$ est prévue pour les prestataires qui refusent un emploi ou refusent de se conformer aux instructions prévues dans la loi;

 § alors que les ménages qui ont des contraintes sévères à l'emploi et les chefs de familles monoparentales n'y sont pas assujettis, une réduction de 100$ s'applique pour les autres ménages qui partage leur logement;

 § un montant maximum de 112$ peut être prélevé de la prestation en remboursement d'une dette envers le Ministère, suite à une fausse déclaration.

Dans certains cas, le cumul de ces réductions peut diminuer sensiblement l'aide sociale reçue.

 Notons qu'en tout temps, un prestataire qui se voit appliquer une sanction peut la voir annulée s'il accepte l'emploi refusé ou abandonné ou s'il accepte de se conformer aux instructions en vue de se trouver un emploi.

1998-11-09

Préparé par madame Louise Harel.

Pour renseignements, communiquez avec monsieur Charles Larochelle à la permanence nationale au (514) 526-0020.  

Note: Cette communication était suivie d'un document plus important argumentant contre le Revenu de citoyenneté (dans sa version 17 000$ par année aux 5 millions d'adultes québécois sans égard à leur revenu) sans aucunement informer les candidatEs péquistes qu'il s'agit d'une proposition entièrement différente (voir ce qu'est et n'est pas le Barème plancher  ICI ).

Montréal, 25 novembre 1998

 Communiqué -Pour diffusion immédiate

 À touTEs les candidatEs du Parti Québécois

Madame Louise Harel adressait il y a quelques jours ce communiqué à vous tous et toutes, candidatEs du Parti Québécois.

Nous sommes heureux de constater que Madame Harel s'occupe "personnellement" de vous informer sur notre revendication.  Malheureusement, son communiqué n'est pas complet.  Et le fait de ne pas tout dire peut changer les observations et conclusions possibles d'une situation; il n'y a pas si longtemps, au Québec, Mme Harel aurait ainsi commis un "péché d'omission".  De même, le choix des mots peut changer la perception d'une réalité.  Si on combine les deux façons d'agir, alors ça peut conduire au sens contraire du... bon sens!

Comme nous ne voulons pas que les candidatEs du P.Q. soient induitEs en erreur, nous allons ici combler ces omissions afin de situer correctement la "problématique" du barème plancher.

Le communiqué de Madame Harel dit:

            "(...)Un barème plancher est un montant minimum en dessous duquel la prestation de sécurité du revenu ne pourrait être réduite quels que soient la situation ou les comportements d'un prestataire."

Tout d'abord, il est inexact de dire "quelle que soit la situation" puisque la situation financière du prestataire entre en considération pour l'accès au barème plancher: celui-ci ne serait garanti que pour les personnes se trouvant "dépourvues des ressources nécessaires, que ce soit par cause de maladie, de perte d'emploi ou de revenus insuffisants", des personnes se trouvant en situation de dernier recours, c'est-à-dire ne disposant d'aucun autre revenu ou avoir (à l'exception de ceux qui sont exclus par règlement).

Sans cette précision, il devient impossible de distinguer le barème plancher du revenu de citoyenneté (qui, lui, serait alloué sans égard à la situation financière de l'individu).  Or, la demande faite par le FCPASQ aux candidatEs portait précisément et uniquement sur le barème plancher.

Ensuite, en regard des "comportements d'un prestataire", il y a d'autres catégories de citoyens dont on ne prend pas en compte les comportements avant de verser des prestations.  Ainsi, dans le cas du citoyen bien connu "Mom" Boucher, actuel prestataire de la société, on ne pose pas la question de son comportement avant de le nourrir, le loger, le vêtir, etc.  Si nous comprenons bien, quelqu'un qui a 0$ de revenu n'a pas la garantie d'un minimum pour survivre, mais quelqu'un qui tue, s'il est pris, en a la garantie.  Nous croyons qu'il n'était pas dans l'intention du législateur de placer des citoyenNEs devant ce genre d'alternative.  Aussi, un barème plancher permettrait de corriger cette incongruité.  Mais il semble que ce soit trop compliqué à comprendre pour les "Harel's Angels"!...

Enfin, nous pensons comme la majorité des gens que bien des facteurs peuvent influencer les comportements des personnes en général, et des prestataires en particulier.  Mais si nous n'en retenions qu'un, ce serait la pauvreté extrême, qui prive des outils nécessaires à la recherche d'emploi, mine la santé, les facultés et la confiance.  Et l'absence d'un barème plancher à l'aide sociale aggrave la pauvreté parmi les plus pauvres et étend les moyens de profiter de cette détresse, au moyen de la menace de pénalités dévastatrices.  Mais,... laissons Madame Harel continuer!

             "Un citoyen qui a des droits a aussi des obligations, lesquelles ont toujours existé dans le régime de sécurité du revenu.  En regard de ses obligations, il est prévu, par exemple, qu'un prestataire qui abandonne un emploi sans motif valable ou qui refuse d'entreprendre une démarche en vue de se trouver un emploi, ou encore celui qui cumule des dettes envers le Ministère en raison de fausses déclarations assume comme tout autre citoyen, certaines conséquences de ses décisions et peut voir réduire sa prestation selon les paramètres prévus dans la loi ou le règlement."

 S'il est vrai que les prestataires ont toujours eu des obligations, il est faux de laisser entendre que la situation actuelle a toujours existé.  À l'origine, l'aide sociale était considérée comme une allocation servant à rencontrer des besoins essentiels, et à ce titre, n'était ni imposable ni saisissable.  De plus, le total des réductions applicables (pour des motifs autres que l'existence de revenus ou ressources) ne représentait qu'une portion seulement du barème de base et ne pouvait donc faire descendre la prestation en-dessous d'un certain seuil (comme c'est le cas présentement, où le minimum pour une personne sans revenu est de ...zéro!).   Mais,...  continuons.

       "Les prestataires de la sécurité du revenu peuvent ainsi subir une réduction de leur chèque pour diverses raisons: 

      §     une réduction maximale de 150$ est prévue pour les prestataires qui refusent un emploi ou refusent de se conformer aux instructions prévues dans la loi;"

 Tout d'abord, ça n'existe pas, une réduction "maximale" de 150$, il ne s'agit pas d'une réduction dont le montant se situe entre 0$ et 150$, c'est 150$ ou rien!  Deuxièmement, cette réduction "maximale" de 150$ peut être appliquée 2 fois, pour un vrai maximum de 300$!  En sachant qu'elle s'applique mensuellement pendant 1 an, le vrai de vrai maximum peut ainsi atteindre 3 600$, et non 150$!  Mais, allons plus loin... 

      "§      alors que les ménages qui ont des contraintes sévères à l'emploi et les chefs de familles monoparentales n'y sont pas assujettis, une réduction de 100$ s'applique pour les autres ménages qui partage leur logement;"

 Il s'agit effectivement d'une réduction de 100$ pour le Ministère de Madame Harel, mais d'une réduction de 104$ sur le chèque du prestataire, parce qu'un montant additionnel de 4$ est versé mensuellement comme crédit d'impôts fonciers pour les personnes seules.  La réduction de l'un annule le versement de l'autre.  Un détail, nous direz-vous.  Nous ne croyons pas qu'il s'agisse d'un détail puisque 4$ de moins sur un chèque mensuel de 390$ (490$ - la réduction de 100$), ça représente 1% du revenu en moins.  Et à ce revenu-là, chaque dollar, chaque cent compte.  Nous n'osons imaginer le tollé si le gouvernement faisait également une ponction de 1% dans les avoirs des corporations...!   Mais un pauvre, ça n'a pas les moyens de se plaindre.  Ce "détail" nous montre bien que la Ministre se préoccupe plus des dépenses de son seul Ministère que des seuls revenus des prestataires.  Mais, ... poursuivons, Madame Harel! 

      "§   un montant maximum de 112$ peut être prélevé de la prestation en remboursement d'une dette envers le Ministère, suite à une fausse déclaration." 

Le montant "maximum" de 112$ pour recouvrement peut, en réalité, être cumulé deux fois, pour un vrai maximum de 224$ par mois!  Il peut s'appliquer pour 2 fausses déclarations sur l'aide sociale au cours d'une vie; par exemple, une fausse déclaration il y a 8 ans et une aujourd'hui entraîne automatiquement une ponction de 224$ mensuellement jusqu'à remboursement total de la dette.  En comparaison, le Code de procédure civile du Québec (la loi sur la faillite) indique clairement que le premier 120$ de revenu brut par semaine est intouchable, et que l'on ne saisit que 30% de l'excédent.  Y aurait-il des citoyenNEs qui sont plus ou moins citoyenNEs que d'autres?...

Les omissions sont également considérées comme de fausses déclarations; de même, les inexactitudes, même de bonne foi, sont traitées sur le même pied.  Quelle serait la conséquence des nombreuses omissions et inexactitudes dans la déclaration de Madame Harel, si elle était prestataire de la sécurité du revenu?

Et Madame Harel de continuer:

      " Dans certains cas, le cumul de ces réductions peut diminuer sensiblement l'aide sociale reçue."

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'expression utilisée est un peu faible, voire totalement inappropriée.  Voici quelques suggestions qui, croyons-nous, s'appliqueraient mieux à décrire la situation: radicalement, drastiquement, dramatiquement, tragiquement, de façon disproportionnée, assassine,...  Ne serait-ce que "... peut réellement diminuer l'aide sociale reçue."  Nous exagérons?...

Alors, faisons les comptes:

a)   le cumul des réductions évoquées par Madame Harel, même incomplètes, donne ceci: 150$ + 100$ + 112$ = 362$; sur un chèque de 490$, il ne reste que 128$ pour vivre pour un mois; à ce montant-là, nous sommes d'accord avec Madame Harel, il y a de quoi devenir "sensible" (dans le sens de "sensible à toute maladie"!); 

b)   mais si nous faisons le réel cumul des réductions complètes, nous arrivons alors à: 300$ (150$ X 2) + 104$ + 224$ (112$ X 2) = 628$; sur un chèque de 490$, peut-on dire qu'il ne reste "sensiblement" plus rien, même pour une personne ne disposant d'aucun autre revenu?  Alors, quel qualificatif décrirait le mieux cette situation, d'après vous?

L'instauration d'un barème plancher ne rendrait pas impossible les réductions, mais rendrait impossible que le cumul de ces réductions puisse amener le chèque à zéro comme c'est le cas actuellement.

Toutes ces mises au point compliquées n'auraient pas été nécessaires si Madame Louise Harel avait présenté le barème plancher dans toute sa simplicité: un barème plancher servirait simplement à empêcher que des QuébécoisEs puissent se retrouver sans le moindre revenu; une personne sans revenu aurait la sécurité d'une prestation minimum afin d'éviter qu'elle ne meure (de froid, de complications médicales, etc) ou qu'elle ne doive recourir à l'illégalité pour survivre.

Dans le dictionnaire, sous "député", on retrouve entre autres comme synonyme les mots "délégué, mandataire, représentant".  Nous vous invitons à vous comporter dès maintenant comme celui ou celle que vous voulez être, à prendre vos responsabilités vis-à-vis vos concitoyenNEs et à défendre le droit à la survie pour chaque QuébécoisE en signant la déclaration en faveur d'un barème plancher.

Il est encore temps de prouver que le "Québec de la compassion" existe et ne relève pas d'un accès de délire électoral.

-30-

 Jacques Benoit,  Comité des sans emploi, (514) 937-9251

Jean Lalande, Welfare Rights Committee, (514) 932-5916 pour l'Organisation des Sans Emploi - Région de Montréal (OSE-RM)

 

AIDE SOCIALE VS BARÈME PLANCHER

 LOUISE HAREL PRÊTE À LAISSER LES PAUVRES MOURIR DE FROID ET DE FAIM 

Montréal, le 20 novembre 1998 - En réaction à la lettre du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) envoyée aux candidats et candidates du Parti québécois demandant d'appuyer l'instauration d'un barème plancher à l'aide sociale garantissant un minimum vital aux citoyens et citoyennes sans emploi du Québec, Louise Harel recommande, dans un document interne daté du 09 novembre 1998, aux candidatES de son Parti de rejeter cette revendication.

 Le principal argument invoqué par Madame Harel pour expliquer cette position est à l'effet qu'un "citoyen qui a des droits a aussi des obligations". La revendication du principe d'un barème plancher à l'aide sociale n'implique absolument pas que les personnes assistées sociales, tout comme tous les citoyenNES du Québec, n'aient pas des devoirs et des responsabilités. 

Toutefois, comment peut-on assumer ses responsabilités et ses devoirs de nourrir ses enfants, de payer son loyer, de payer son électricité, de rembourser ses dettes, de se chercher du travail quand la prestation d'aide sociale de base peut-être ramenée à zéro ou encore que cette prestation peut à tout moment être amputée pour toutes sortes de motifs. Cela est impossible. 

Le gouvernement du Québec, en signant le Pacte sur les droits sociaux, économiques et culturels s'est engagé, au plan international, à garantir à tous les citoyenNES du Québec différents droits dont celui du Droit à un revenu décent. Présentement, en l'absence d'un barème plancher à l'aide sociale, ce droit est violé au Québec. Notre revendication d'instaurer le principe d'un barème plancher à l'aide sociale est un mécanisme visant à s'assurer que ce droit soit respecter au Québec et qu'aucunE citoyenNE ne se retrouve plus, comme présentement, sans aucun revenu ou avec un revenu si minime que celui-ci ne permet pas d'être un citoyenNE autonome et responsable. 

Le FCPASQ trouve scandaleux l'attitude de Louise Harel qui recommande ni plus ni moins aux candidatES de son parti de laisser les pauvres mourir de faim et de froid car telle est, selon le FCPASQ, la conséquence de l'absence d'un barème plancher à l'aide sociale garantissant un minimum vital. 

Nous connaissons maintenant le vrai visage de Louise Harel. Le FCPASQ invite les personnes pauvres d'Hochelaga-Maisonneuve et du Québec à se souvenir de cette réponse le 30 novembre prochain.

Source:  Jean-Yves Desgagnés  1-514-987-1456 ou 1-418-648-9918

                                                                       Cellulaire: 1-514-758-0908


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