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Pour ce faire, nous avons besoin de divers
moyens. Nous avons besoin
d'exercer un contrôle sur les multiples aspects de notre vie. Nous avons besoin que les décisions politiques prises à de
plus hauts niveaux tiennent compte de nos besoins, de nos envies, de notre
réalité, et même de nos rêves. Or, depuis déjà trop longtemps, les décideurs
politiques se sont acharnés, année après année, loi après loi, à
nier nos besoins, à frustrer nos envies, à empirer notre réalité, à
tuer nos rêves. Se sont-ils
déjà posé la question de ce que c'est de s'appauvrir, quand on est
pauvre, dans un quartier pauvre? S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire avoir faim; ça veut dire ne pas acheter
les aliments nécessaires à une bonne santé, tels que recommandés dans
tous les guides alimentaires reconnus; ça veut dire sauter un repas,
et même n'avoir qu'un repas par jour; ça veut dire cacher la
nourriture achetée pour pouvoir l'étaler le plus loin possible dans le
mois, et faire croire aux enfants qu'il n'y en a pas d'autre, les empêchant
de vider les "réserves" trop vite; ça veut dire aller à l'école
sans avoir déjeuné convenablement, ou sans avoir déjeuné tout court; ça veut dire ne pas savoir à
partir de la 2e semaine du mois ce qu'on va manger jusqu'à la fin de ce même
mois; ça veut dire courir les
banques alimentaires en espérant trouver encore en bon état dans les
restants des autres ce dont on a terriblement besoin. S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire espérer un
logement adéquat; ça veut dire craindre chaque
année comme la peste l'augmentation de loyer qui va venir gruger sur la
nourriture déjà manquante; ça veut dire "dealer"
avec son propriétaire, avec Hydro-Québec, avec Bell Canada et d'autres
créanciers un ou des retards de loyer, de paiements de services, parce
qu'il y a trop de comptes et pas assez d'argent. S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire avoir froid; ça veut dire voir arriver
l'hiver comme le cauchemar blanc qui oblige souvent à choisir entre
l'augmentation des coûts de chauffage ou avoir les pieds au
"frais" pendant quelques mois; ça veut dire choisir entre un
manteau pour l'un ou des bottes pour l'autre, l'autre étant plus souvent
qu'autrement la mère de famille; ça veut dire faire le tour des
comptoirs de vêtements en espérant trouver un peu plus de chaleur dans
des grandeurs et des couleurs qui ne détonnent pas trop. S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire s'endetter; ça veut dire payer deux fois
plus cher pour une "douillette", parce qu'on l'achète "à
tempérament" au magasin qui accepte de faire crédit; ça veut dire "fuller"
sa carte de crédit pour remplacer le poêle qui a lâché. S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire chercher des
solutions; ça veut dire se regrouper pour
acheter au prix du gros un petit peu plus de viande pour faire le mois; ça veut dire des cuisines
collectives pour apprendre à faire le maximum avec le peu qu'on a; ça veut dire ne rien jeter,
raccommoder, récupérer, recycler, réparer, réutiliser; ça veut dire des comptoirs
alimentaires, de vêtements, de meubles, des ateliers de couture, de
tricot-crochet, de réparation, de rembourrage, des repas communautaires; ça veut dire mettre en commun,
s'entraider, partager, se soutenir; ça veut dire des groupes de
support, des café-rencontres, des services de dépannage, de gardiennage,
d'accompagnement; ça veut dire que malgré tous
les efforts déployés, la débrouillardise, l'entraide, le bénévolat,
la seule contribution sociale reconnue et valorisée demeure encore le
marché du travail; S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire ne plus avoir de
rêves; ça veut dire voir arriver Noël
pour les autres, et seulement un panier de Noël pour soi; ça veut dire une motivation
qui diminue à mesure qu'on grandit parce qu'on ne voit pas à quoi ça
sert d'aller à l'école; ça veut dire une perte de
confiance en soi, en ses moyens; ça veut dire l'augmentation
des problèmes de famille, l'augmentation de la violence faite aux femmes:
quand on ne vaut pas grand chose dans la grande société, on ne vaut pas
plus dans la petite; ça veut dire ne plus sortir de
chez-soi, de son quartier immédiat: on n'en a pas les moyens, on n'en a
plus le goût. S'appauvrir, quand on
est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire être malade; ça veut dire que les maladies
se multiplient, se succèdent parce qu'on n'a pas les moyens, les
conditions physiques, mentales et psychiques d'y faire face; on est plus
souvent malade, on va plus souvent chez le médecin ou à l'urgence, on a
besoin de plus de médicaments; ça veut dire couper ou étirer
sa médication malgré l'avis du médecin, parce que toute facture de médicaments
viendra en concurrence avec les autres factures à payer, ajoutant au
problème au lieu d'aider à le régler. S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire une économie
locale qui disparaît; ça veut dire des diminutions
de personnel pour le dépanneur du coin, pour le restaurateur, pour les
petits salons de coiffure; c'est le ou la propriétaire qui travaille
maintenant 12 heures par jour, 84 heures par semaine, pour espérer
couvrir ses frais; ça veut dire pour les marchés
d'alimentation, des produits périssables qui périssent plus souvent
qu'autrement, ceux qui restent étant moins frais qu'avant; une fleur est
toujours une fleur, mais personne n'achète de fleurs fanées; ça veut dire qu'il fut un
temps où l'on pouvait trouver ce dont on avait besoin dans les commerces
de la rue principale; maintenant, c'est tout juste si on peut trouver un
commerce sur la rue principale. S'appauvrir,
quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut dire un quartier
encore plus pauvre, avec encore moins de moyens de s'en sortir; ça veut dire un quartier avec
encore plus de gens qui ont plus besoin d'aide, qui font appel à tous les
programmes d'aide gouvernementale, à tous les niveaux. Mais les ministres du
gouvernement continuent de réformer à qui mieux mieux l'un après
l'autre, répétant que chaque secteur de la population doit faire sa
part, par équité, par solidarité... Ces mêmes ministres
"oublient" de mentionner que ce sont les mêmes personnes
-
qui font les frais des coupures à l'aide sociale
-
qui subissent des frais nouveaux par l'assurance-médicaments
-
qui doivent maintenant payer pour des services juridiques qui étaient
auparavant couverts
-
dont les loyers vont augmenter dans les HLM
-
dont la prestation va faire partie de leur revenu imposé
-
etc. Parce
que s'appauvrir, quand on est pauvre, dans un quartier pauvre, ça veut aussi dire que ce sont les mêmes personnes
qui essuient l'effet conjugué de toutes les réformes "équitables
et solidaires". Est-ce que notre
gouvernement manquerait de vision d'ensemble?... Au contraire!
Notre gouvernement nous démontre par ses actions le but d'ensemble
qu'il vise: le déficit "0"!
Et pour l'atteindre, il taxe et coupe ceux qui ont le plus besoin
de l'aide gouvernementale, sans toucher aux profits des banques, aux
profits des compagnies, aux profits des familles riches, sans toucher aux
profits des profiteurs de toute cette situation. Cette minorité de gens
continue de s'enrichir sur le dos de la majorité qui continue de
s'appauvrir. Ça
suffit! Nous rejetons cette société
coupée en deux, cette société à deux vitesses, où une minorité a
tous les droits que la majorité n'a pas. Nous réclamons une société
équitable et solidaire. Et
la priorité de tout gouvernement dans une société équitable et
solidaire, ce n'est pas le "déficit zéro, c'est la "pauvreté
zéro". Notre pays a la
richesse. Notre société a
les moyens. Nos gouvernements
ont le choix. C'est
pourquoi nous exigeons:
-
une redistribution de la richesse, par une révision des choix budgétaires
et fiscaux des gouvernements;
-
une politique de création d'emplois au centre de toute l'action
gouvernementale; et
-
le maintien et l'amélioration des programmes sociaux. Mesdames et
messieurs du gouvernement et de l'opposition: vous savez tout comme nous où
va l'argent, où est l'argent. Allez
le chercher là où il est, et arrêtez de "varger" sur le
pauvre monde! Parce
que s'appauvrir quand on est pauvre dans un quartier pauvre, ça veut aussi dire qu'on finit par développer de la
haine,
de la haine pour ceux qui ont l'argent,
de la haine pour ceux qui ont le pouvoir de changer les choses et
qui ne le font pas,
de la haine... Et comme disait
Ti-Cul Lachance dans sa lettre à son premier sous-ministre:
"À semer du vent de c'te force-là, tu t'prépares une
joyeuse tempête, p't'être ben qu'tu t'en aperçois pas..." 97/04/07. |
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